« Dessinons la PAC que l’on souhaite, soyons fort de ce que l’on veut »

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Publié le 2 décembre 2016 :

« Ne pas se poser en victime, mais comme des acteurs  de la politique agricole afin qu’elle soit plus juste et en adéquation avec les demandes de terrain » Tel était le souhait de Thierry Huet, Président de la FDSEA en introduction du débat de la première réunion d’automne. Frédéric Courleux, Conseiller chez MOMAGRI valide le fait de co-construire la politique agricole, mais pour cela, il faut prendre le temps de sortir la tête du guidon, se donner de la hauteur de vue.
C’est ce auquel s’emploi le groupe de réflexion MOMAGRI . Les problèmes sont multiple, mais on peut en pointer trois principaux : La financiarisation croissante des marchés agricoles, qui va bien au-delà du système d’offre et de demande. La volatilité des prix qui n’est d’aucune commune mesure depuis ces dix dernières d’années. Mais également le découplage systématique de plus de 30% des aides qui a dissocié le prix de la production et qui n’est plus utilisé que par l’UE.

 

La PAC MOMAGRI 

Ce que préconise ce Think tanks, c’est se baser sur un prix d’équilibre qui serait le repère central du dispositif de régulation autour duquel serait défini un tunnel de prix. Dans ce tunnel il n’y aurait plus d’aide versée aux agriculteurs. En dessous du prix plancher serait engagé un dispositif de soutien contracyclique, conforté en deçà d’un seuil de régulation publique par la mise en œuvre d’un stockage public limité à 4% de la production annuelle.
En parallèle,  au-delà d’un seuil de solidarité financière un prélèvement sur les transactions serait opéré pour éviter qu’une spéculation trop forte ne s’installe.
Une aide unique de 75 € /ha, l’aide qualité Europe sera versée aux agriculteurs. Elle est destinée à compenser les efforts demandés aux agriculteurs en matière environnementale et de gestion des territoires.

 

La régulation, un outil qui revient à la mode.

La régulation que beaucoup plébiscite est selon M. Courleux la solution. D’ailleurs cette régulation existe déjà dans tous les secteurs. « On assiste à un retour des états, on tourne la page du mondialisme. Au regard de ce qui se fait dans de nombreux pays que l’on pensait libéral, les Etats Unis, lors de leur dernier FARMBILL ,  ont mis fin à leur dernière politique de découplage. »
Au Brésil, premier exportateur mondial de sucre en met 50% dans la production d’Ethanol. Afin de ne pas saturer le marché. La commission Européenne n’a pas compris que libérer totalement un potentiel de production peut fortement nuire à la production elle-même. D’ailleurs la France déclare la guerre au biodiesel en ce qui concerne les carburants de première génération. Alors qu’il faut plutôt réassurer cette politique.
La commission Européenne est quant à elle partie vers une solution du tout assurantiel. Mais tout ne peut pas être assuré. Le risque  « prix » est peu assurable car systématique.  En Chine, ils ont mis en place une politique de soutiens énorme soit 372 $ la tonne de Blé. Aux USA, où 90% de l’aide alimentaire se fournit, ils garantissent à leur producteurs 202 $ sur 85% de la production.

« Cela parait tellement évident les solutions que vous proposez pour les agriculteurs que nous sommes, pourquoi l’Union Européenne n’est pas convaincue ? Quels sont les freins ? » 
Vous savez, faire évoluer un système pluriannuel est difficile. Il est plus simple de donner une enveloppe nationale tous les 7 ans et de faire de temps à autre le gendarme.  Mais c’est aussi d’ordre idéologique. La commission est conservatrice, elle veut garder ce qui a été mis en place. Pourtant les députés Européen tel que les Belges et les Français sont actifs et veulent faire bouger les choses. Mais l’on constate malheureusement que côté Français,  les 25 députés gagnés par le FN sont inactifs et plombent les initiatives hexagonales. On observe également quelques réticences au niveau de quelques OPA agricoles selon les propositions. Mais elles n’ont rien d’autre à proposer que le tout assurantiel. Il faut pourtant chercher à être ambitieux.

 

Les Marchés à terme de plus en plus utilisé par les producteurs.

« Les marchés à termes ne sont pas abordés ? Pourquoi ? »
« Il est clair que lorsque les marchés à terme existent, il est évident de les utiliser. » Clarifie M. Courleux.

« Car s’ils restent des outils techniques difficiles à utiliser et à maîtriser, ils permettent cependant de répondre à une question simple : à quel moment doit-on vendre sa production ?
C’est un moyen de reconnecter les décisions de production et de commercialisation. Des décisions que l’exploitant agricole avait longtemps confiées à sa coopérative. »
Mais attention, le producteur doit connaître l’environnement macroéconomique international (situation de crise subie par certains pays, élargissement de certaines régions telles que l’Europe, croissance soutenue de pays comme la Chine…) afin d’anticiper les principaux points de croissance ou de retournement du marché. Ainsi dans le cadre de l’élargissement de l’Europe, l’entrée de la Pologne à modifier l’organisation du marché du lait.

 

La Politique laitière américaine : un modèle à suivre ?!

 « A la fin des quotas, certains d’entre nous ont décidé de produire plus, on a doublé le nombre de vaches, donc doublé la charge de travail, mais aujourd’hui on s’aperçoit que l’on gagne moins d’argent », constate amèrement un éleveur. « Je suis donc agréablement surpris que l’on parle enfin de régulation du système laitier.  Le quota aujourd’hui cela ne vaut plus rien. On n’aide pas les producteurs qui veulent s’améliorer, on aide plutôt ceux qui veulent abandonner »

En effet, « à MOMAGRI, nous avons voulu organiser un colloque pour exposer le système Américain de libre échange sur le lait. A trois jours  de la réunion, elle a été annulée car il ne fallait pas faire rêver les agriculteurs français avec la régulation ». Pourtant ce modèle est vertueux. Sa base est un plan conjoint de commercialisation. 50% des producteurs se mettent d’accord sur le mode de commercialisation pour faire bloc. Un « Marketing orders » qui permet de définir pour chacun des produits transformés les marges remises aux exploitants, afin de définir chaque mois le prix moyen aux producteurs. Les laiteries, elles s’organisent pour se rétribuer l’enveloppe restante suivant la plus-value qu’elles font avec la matière première. »

« Mais comment transposer cette image américaine à nos bassins laitiers français ? »
« La nature humaine fait que quand ça va bien, on est individualiste, mais quand le boomerang revient, c’est seulement à ce moment-là, que l’on se dit qu’il faudrait peut-être se serrer les coudes ». Ironise l’intervenant.

Paradoxalement, c’est peut-être à travers la crise que traverse l’Union Européenne que naîtra une PAC nouvelle, à même de lutter efficacement contre le fléau de la volatilité et d’encourager la production agricole, tant sur un plan quantitatif que qualitatif. « La bonne nouvelle c’est le Brexit, souligne M. Courleux en provoquant l’assemblée. Les Anglais étaient déjà anti-communautaires avant d’être anti- PAC. »  Les Pays du Nord de l’Europe qui étaient dans une situation difficile, comme les Hollandais se sont organisés. De deux, ils sont passés à une coopérative de collecte. 
En Allemagne, le Parti Populaire Européen tape allégrement sur la grande distribution et prône une régulation sur le porc Allemand. Ils interdisent les marges des distributeurs et demandent un affichage obligatoire des origines des producteurs et des produits.
« On assiste à un retour des Etats, on tourne la page du mondialisme, on va vers une souveraineté des peuples et ce n’est pas un gros mot » insiste l’intervenant.

Malheureusement on ne peut que constater que l’OMC est en coma profond en ce qui concerne la politique agricole.

Un Président de canton, délibérément provocateur demande : « un industriel à tendance à dire que l’agriculteur doit rester pauvre, est-ce que les politiques ont le même regard ? »

Ayant côtoyer les grandes sphères des ministères, Frédéric Courleux n’y va pas par quatre chemins :  « En réunion, j’ai pu constater qu’ils étaient nombreux à avoir des hectares de famille, ils avaient par coutume de dire qu’un agriculteur ca vit pauvre et ça meurt riche ! Ils avaient des difficultés à se satisfaire du statut du fermage.  Pourtant c’est une richesse de croire en ce qu’on fait quand on se lève le matin. Les agriculteurs, c’est une population qui prend des risques, alors qu’on la précarise de plus en plus. Mais rappelez-vous, ya 20 ans, les travaux de prospective prévoyaient de la nourriture en gélules, or on constate depuis quelques années que les consommateurs privilégient des modes de consommation plus sain et au plus près du producteur ».  On doit profiter de ce potentiel sympathie pour mettre en avant nos savoir-faire afin de les valoriser.

 

L.DENIS

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