Sans Glyphosate, point de salut

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Publié le 15 novembre 2017 :

Revenu sur la ferme familiale depuis quelques années après avoir eu une vie riche en tant que commercial pendant 27 ans, Benoît Van Luchène explique l’évolution de cette exploitation à la frontière entre les crêtes pré-ardennaise et la Champagne crayeuse. Après avoir assaini toutes les parcelles dans les années 70, l’activité d’élevage a été arrêté au départ de son père dans les années 80.  A cheval sur deux territoires, ses types de sols sont hétérogènes. Paradoxalement, ce sont les parcelles argileuses qui se travaillent plus facilement que les anciennes pâtures du nord. Il travaille en partenariat avec ses voisins et fait partie d’une CUMA, afin d’alléger ses charges.

Dans cette même logique d’entreprise, Benoît Van Luchène a fait trois constats. Tout d’abord la rentabilité qui est mise à mal depuis trois ans, avec des rendements difficiles, accentués par des problèmes climatiques récurrents et des soucis de désherbage. Tout ceci dans un contexte de volatilité des prix et une parité euro/ dollar qui nous est défavorable. Deuxième constat, des enjeux sociétaux avec l’arrêt programmé du glyphosate qui est dans la ligne de mire des médias et des pouvoirs publics. Dernier constat, l’avenir incertain de l’agriculture. Avec de plus en plus d’exploitants qui, pour survivre deviennent double actif et abandonnent petit à petit l’agriculture. L’exploitant de Charbogne s’inquiète d’autant plus que son fils souhaiterait reprendre l’exploitation.

Comment innover pour s’en sortir ?

Pour le moment en agriculture conventionnelle, il a une problématique de portance et des potentiels de rendement hétérogènes d’une parcelle à l’autre. Quelle est donc la solution pour que les terres argileuses aient le même rendement que les autres ? L’impasse de la résistance des graminées adventices comme le ray grass et le vulpin pose également question aujourd’hui.  Le président de la FDSEA de préciser que le spectre très court de ces produits engendre plus facilement cette résistance. Pierre Cordier, député de la 2ème circonscription, qui, à sa décharge est en grande majorité urbaine, demande alors si des techniciens ou scientifiques n’ont pas déjà réfléchi à cette problématique ?  « Bien sûr, d’autant plus que cela fait maintenant plusieurs années que le problème persiste, mais la difficulté que l’on a, c’est qu’entre la réflexion et la sortie du produit sur le marché, il se passe au moins dix ans », rétorque Thierry Huet.

Face à ces éléments, comment  se sortir de cette impasse ? Soit on se dit que l’on n’y peut rien, soit on essaye quelque chose. C’est pourquoi cet agriculteur s’est tourné vers l’agriculture dite de conservation sur 40 % de son exploitation depuis deux ans. Non qu’il se soit lancé dans les petits pois « made in Ardennes », ce mode d’agriculture regroupe plutôt un ensemble de techniques culturales qui permet d’améliorer le potentiel des sols tout en améliorant la performance économique et le rendement .

Le président de la Chambre d’agriculture se lance alors dans une explication plus approfondie en direction des élus. «  Pour éviter le désherbage de la culture en place, en l’occurrence du colza, il est associé à « une plante compagne » qui va couvrir le sol une fois la culture récoltée, comme le trèfle combiné également à une culture plus haute, mais qui est gélive comme la féverole, tous deux restituant de l’azote pour la culture suivante ».

Bérengère Poletti, députée de la première circonscription, se demande alors si ce n’était pas ce que l’on appelle de la permaculture ? « C’est dans le même état d’esprit, explique le représentant de la Chambre d’agriculture, mais à une plus grande échelle ».

 

Une technique qui est une solution contre le réchauffement climatique

L’exploitant explique alors que sa démarche consiste à ne plus utiliser d’outil, ni à dent, ni à disque, afin de préserver les sols et que le glyphosate s’impose alors comme régulateur des plantes « compagnes » afin qu’elles ne prennent pas le dessus sur la culture principale.  Cette technique est d’autant plus approuvée par de nombreux spécialistes en agronomie que les doses sont raisonnées à minima. Les exploitants français étant ceux qui utilisent la dose la moins élevée en Europe.

Thierry Huet de préciser que les substances retrouvées à l’origine de la polémique sont des métabolites qui peuvent également avoir des origines autre que le glyphosate, comme les lessives. Le problème est plus global, mais il est plus facile de voir la paille dans l’œil de son voisin agriculteur…

« J’ai toujours en exergue la rentabilité du système à l’horizon 3 à 5 ans, insiste l’exploitant de Charbogne. C’est important que l’on y arrive pour que l’on aille au bout des expérimentations. On est en phase de transition, mais j’économise déjà près de 10 à 15 litres de fioul par hectare et par an ».

 « En effet, admet Pierre Cordier, cette démarche s’inscrit parfaitement dans la lutte contre le réchauffement climatique ».

« Le monde agricole est acteur et moteur de nombreuses initiatives qui vont dans ce sens comme le 4 pour 1000 », informe Sébastien Loriette. Lancé par la France, il consiste à fédérer tous les acteurs volontaires du public et du privé dans le cadre du Plan d'action Lima-Paris. L’ambition est d’inciter les acteurs à s’engager dans une transition vers une agriculture productive, hautement résiliente, fondée sur une gestion adaptée des terres et des sols. (4‰ est le taux de croissance annuel du stock de carbone dans les sols qui permettrait de stopper l’augmentation actuelle du CO2 dans l’atmosphère.)

« Si nous sommes les seuls en Europe et dans le Monde à interdire l’utilisation du glyphosate,  cela induira encore une distorsion de concurrence, que nous ne pouvons plus nous permettre », conclue Bérengère Polleti.

Il faut une réelle cohérence entre l’acte de production et de consommation. « Cet été, on a interdit un produit de protection contre les nuisibles sur les fruits rouges en France. Résultats, on a dû les importer », dénonce Géraldine Noaillon, attachée parlementaire de Benoît Huré.

Il faut plus de cohérence dans les politiques agricoles. Certaines, comme la directive Nitrates change tous 2 / 3 ans, il faut réfléchir sur un cycle beaucoup plus long. Si on interdit le glyphosate, il faudra repasser au labour systématique, alors que toutes les études et expérimentations sur le sujet plébiscitent des alternatives permettant de conserver la biologie des sols.

L.DENIS

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